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Découvrez en avant première "Le Prince des Faces"

L'Amazonie était devenu le mythe d'un défi économique, politiquement orchestré, surtout dans les années de crise. La Selva attira une nuée de marginaux sans emploi, des Garimpeiros qui espéraient y trouver de l'or, des banquiers véreux, des sociétés familiales et ces marchands de terres, que la population avait affublé du quolibet de Grileiros, les Grillons.
Par force, l'État dut intervenir afin de remettre bon ordre au désordre et à la spéculation. Complice ou laxiste, il ne réussit qu'à freiner le désastre. Inexpugnables, les Grileiros occupaient le haut du pavé. A grand renfort de promesses, ils avaient fait recruter une main d'œuvre docile dans les bidonvilles, des hommes célibataires pour la plupart, employés qui pour creuser, qui pour défricher, qui pour cultiver. Pour un peu, ce territoire politiquement sous administré était devenu un État dans l'État avec ses lois et ses règles.
Le gouvernement de Brasilia ayant pris le parti de laisser faire, une poignée de seringueiros entra dans la résistance, notamment sous l'impulsion du syndicaliste Chico Mendès. Vivant du ramassage du latex, ces hommes se révoltaient contre la destruction de la forêt qui assurait leur subsistance. Privés du soutien des autorités, leur lutte était vouée à l'échec.
Une alliance objective réunit les Fazendeiros, Poseiros et Grileros ; les uns usant de la menace, les autres recourant au meurtre. Pour quelques centaines de reals, on embaucha des tueurs à gages pour réduire les récalcitrants au silence. On alla jusqu'à brûler des villages entiers soupçonnés de soutenir la sédition. Le Ministère de l'Intérieur s'en inquiéta. Il envoya des fonctionnaires sur place ; ils évaluèrent les dégâts puis s'en retournèrent établir leurs rapports. On multiplia des administrations locales ; mais les nouveaux fonctionnaires furent bien vite aussi corrompus que leurs prédécesseurs. Les troubles allèrent croissant. Alors, on chargea l'armée d'une mission de pacification, sans se douter des débordements qui en découlèrent. Manipulés par les uns autant que par les autres, les militaires furent volontairement ou fortuitement l'instrument d'intérêts partisans. Le massacre des Garimpeiros à Maraba fit couler autant d'encre que de sang. Le commandant Santos s'en souvenait encore.
Les politiques ayant montré leurs limites, la Banco do Brasil imposa sa loi là où régnaient une poignée de propriétaires terriens et de commerçants. Finançant de grands chantiers dans la région et notamment la construction de la Transamazonienne, elle devait rassurer ses investisseurs. Elle s'appuya principalement sur l'armée, la police, le fisc et les administrateurs locaux. En fait, elle substitua le pouvoir de l'argent à l'autorité politique. Ce qui n'arrêta ni la spéculation ni l'exploitation de la misère et encore moins la destruction systématique d'hectares entiers de forêt. L'argent comme la politique n'avait cure de l'environnement.